Découvrez le rôle complexe et souvent mal compris d’Aurangzeb, l’empereur moghol controversé, dans les tensions actuelles entre hindous et musulmans en Inde. Ce personnage historique, qui a régné au XVIIe siècle, continue d’influencer la politique et la société indiennes de manière significative.
Cet article propose une analyse approfondie de son règne et de son héritage, afin de mieux comprendre comment ils façonnent encore aujourd’hui les relations intercommunautaires en Inde. Plongez-vous dans cette exploration fascinante de l’histoire et de la culture indiennes, pour saisir les nuances de ce débat contemporain.
Les émeutes de Nagpur : un conflit religieux exacerbé par la figure d’Aurangzeb
Le 17 mars 2025, Nagpur, une ville de l’État du Maharashtra en Inde, a été le théâtre de violents affrontements entre les communautés hindoue et musulmane. Ces émeutes ont été déclenchées par une rumeur de profanation du Coran et des tensions autour du tombeau de l’empereur moghol Aurangzeb.
Des organisations extrémistes hindoues, soutenues par le parti nationaliste au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP), ont alimenté ces tensions en organisant des manifestations et en menaçant de détruire le tombeau de l’empereur. Cette situation a conduit à une escalade de la violence, forçant les autorités à imposer un couvre-feu.
Aurangzeb : une figure historique controversée au cœur du nationalisme hindou
Empereur moghol de 1658 à 1707, Aurangzeb est une personnalité qui divise. Certains le voient comme un tyran, d’autres comme un dirigeant efficace ayant mené son empire à son apogée. Son règne a été marqué par des rébellions dues à sa politique religieuse rigide et anti-hindoue. Les nationalistes hindous utilisent souvent sa figure pour justifier leur discours contre la communauté musulmane.
Depuis l’arrivée au pouvoir du BJP en 2014, les partisans du Premier ministre Narendra Modi ont fait d’Aurangzeb un élément central de leur rhétorique, l’associant aux “envahisseurs” musulmans et à l’oppression des hindous. En 2022, le nom d’Aurangzeb est devenu un sujet brûlant sur les réseaux sociaux lorsqu’un litige concernant une mosquée – construite sur les ruines du temple de Vishwanath, un imposant sanctuaire hindou du XVIIe siècle détruit sur ordre de l’empereur – a éclaté.
Instrumentalisation de l’histoire et montée des tensions intercommunautaires
Le film récent “Chaava (Lionceau)”, qui dépeint la rivalité entre Aurangzeb et l’empereur marathe Sambhaji Bhonsle, a ravivé les tensions. Accusé de manipuler l’histoire pour alimenter un discours identitaire, le film souligne la volonté de certains nationalistes hindous de faire porter à la communauté musulmane actuelle la responsabilité des actes d’un souverain du XVIIe siècle. Cependant, l’histoire n’est pas aussi simpliste : des rois hindous ont collaboré avec les Moghols, tandis que certains souverains musulmans ont protégé des temples hindous.
Les affrontements entre Hindous et musulmans sont en augmentation, sur fond de guerre entre l’Inde et le Pakistan sur le Cachemire et de rivalités ethnico-religieuses héritées de la colonisation britannique. La figure d’Aurangzeb est aujourd’hui un puissant levier idéologique dans ce contexte où les nationalistes hindous cherchent à réécrire le passé pour mieux façonner le présent.





